«En classe!» sur le Mois de l’histoire des Noirs

«En classe!» sur le Mois de l’histoire des Noirs

Le professeur Issiaka Mandé met en lumière les Noirs oubliés de l’histoire.

«Que savez-vous du Mois de l’histoire des Noirs?», demande d’entrée de jeu Issiaka Mandé lors de la séance du 4 février de son cours Afrique: mutations continentales et rapports mondiaux. Une quarantaine d’étudiantes et d’étudiants, dont plusieurs d’origine africaine, assistent à ce cours donné par le professeur du Département de science politique spécialiste de l’Afrique.

Une étudiante mentionne que le Mois de l’histoire des Noirs a été lancé officiellement aux États-Unis en 1976 par le président américain Gerald Ford pour rendre hommage à la diaspora africaine. «Ce que les gens savent moins, enchaîne Issiaka Mandé, c’est que le Mois de l’histoire des Noirs découle de la Negro History Week, une initiative lancée par l’historien Carter G. Woodson en 1926. Le docteur Woodson avait choisi le mois de février en hommage aux dates des anniversaires d’Abraham Lincoln et de Frederick Douglass, qui ont tous deux joué des rôles marquants dans l’émancipation des Noirs américains.» Au Canada, rappelle le professeur, ce n’est que depuis 1995 que le Mois de l’histoire des Noirs est célébré, grâce à une motion présentée par la députée noire Jean Augustine.

Des personnages oubliés

«Connaissez-vous des personnes noires célèbres?», demande ensuite Issiaka Mandé. Les étudiantes et étudiants énumèrent Nelson Mandela, Martin Luther King, Barack Obama, Malcolm X, Louis Armstrong, Rosa Parks… «Et au Canada, qui sont les Noirs célèbres?» Un long silence. Après plusieurs secondes, une étudiante nomme Viola Desmond, militante des droits civiques de la Nouvelle-Écosse qui a été immortalisée sur les billets de 10 dollars en 2018. Outre quelques athlètes olympiques, la classe est incapable de nommer une autre personnalité noire reconnue au Canada.

«On parle très peu des personnes noires marquantes dans nos livres d’histoire, souligne Issiaka Mandé. Si tout le monde connaît Samuel de Champlain, presque personne ne connaît Mathieu Da Costa, un Noir qui servait d’interprète à Champlain durant ses expéditions. On ne raconte pas que la militante anti-esclavagiste Harriet Tubman a conduit des esclaves vers le Canada au milieu du 19e siècle, ou que l’esclave Marie-Josèphe Angélique a été pendue sur la place publique à Montréal en 1734 après avoir été accusée d’incendier la ville.»

Le professeur ajoute que le Canada n’est pas le seul endroit dans le monde où les Noirs sont relégués aux oubliettes de l’histoire. Il cite en exemple l’explorateur américain Matthew Henson, le premier homme à avoir atteint le pôle Nord géographique, ou encore les scientifiques Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson, qui ont joué un grand rôle dans les missions spatiales de la NASA dans les années 1960, et qui ont dû attendre plus d’un demi-siècle avant de voir leur contribution reconnue grâce au film Les figures de l’ombre.

Une histoire d’exploitation

Issiaka Mandé revient ensuite sur les écrits de quelques auteurs africains importants, dont Valentin-Yves Mudimbe, Achille Mbembe et Simon-Pierre Ekanza. Ces auteurs ont écrit sur l’histoire de l’Afrique, marquée par la colonisation, les politiques d’assimilation, le pillage de richesses, le travail forcé et les coups d’État militaires. Encore aujourd’hui, une bonne partie de l’économie des pays africains est basée sur l’exploitation des matières premières. Ces ressources sont extraites de l’Afrique, expédiées à l’étranger pour un prix dérisoire avant d’être transformées en produits recherchés.

«Les puissances coloniales et post-coloniales ont toujours vu la culture africaine comme primitive, inférieure à la culture occidentale, dénonce Issiaka Mandé. Pourtant, plusieurs peuples africains, comme les Pygmées, par exemple, ont développé des sociétés profondément démocratiques qui n’ont rien à envier aux démocraties occidentales.»

Que peut faire l’Afrique pour se sortir de l’exploitation? La solution se trouve dans l’union et la solidarité, croit le professeur. «On peut entrevoir une lueur d’espoir avec Agenda 2063 [NDLR: le cadre stratégique de l’Union africaine visant à transformer l’Afrique en puissance mondiale de l’avenir], la zone de libre-échange continentale africaine ou le mouvement panafricaniste», conclut Issiaka Mandé.

Source : Actualités UQAM

Photo : Nathalie St-Pierre

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