Léa Laurence Fontaine, Chevalière Ès Loi

L’amie, la camarade, la Professeure

Léa nous a quittés.

Nous perdons une amie. Léa laisse la marque profonde de sa générosité sur son monde, la trace indélébile de l’amie chaleureuse et souriante, l’image de sa passion intime pour la plongée sous-marine, sa collection de lunettes excentriques bien-sûr, mais aussi de chaussures immettables, de montres démesurées et d’objets insolites, et les indices infinis de son amour des chats, des pieuvres, des requins, d’Izia et de ses ami.es. Nous perdons l’amie immanquablement solidaire, qui prend soin de ses proches comme du collègue malade, qui n’oublie pas d’envoyer toujours un mot délicat ou des fleurs, et rend visite à l’hôpital. Léa, cette amie qui prend le temps, toujours, tout simplement et tout naturellement, de se soucier des autres, cette amie sensible, sincère et entière qui, comme Jaurès qu’elle citait dans ses messages, cherche la vérité et cherche à la dire, cette amie qui se bat pour ses ami.es parce que la solidarité s’impose, les contredit parce que la justice l’exige, et les prenait dans ses bras parce qu’il y a aussi l’amour, n’est plus. Nous vivons l’absence de cette amie pour qui l’humanisme s’exerce dans tous les gestes du quotidien, cette amie-là qui écoute les autres, celle dont l’égo laisse leurs talents s’afficher et les siens s’en nourrir. Et nous nous demandons aussi où est cette amie bricoleuse, celle que l’on trouve dans son bureau à huit heures le soir, une scie à bois ou un marteau dans les mains, à construire une table ou accrocher un tableau au mur, et cette amie aventurière qui plonge dans le Saint-Laurent par -5°C ou dans les mers chaudes des Caraïbes parmi les requins qu’elle aime tellement. Nous perdons Léa, notre amie élégante, distinguée sans être guindée, l’amie artiste qui égaie son petit couloir de ses œuvres éclectiques réalisées au Musée d’Art Contemporain.

Nous perdons une camarade. Léa laisse un vide dans les rangs sur de nombreux fronts de lutte pour la justice sociale et le changement social radical, contre un système qui broie les individus, les travailleurs et les travailleuses. Dans notre souvenir de ses actions et de ses paroles, comme dans le sillon laissé par ses écrits, vivent un engagement viscéral, une indignation, une révolte permanente et douloureuse contre la violence des relations de travail qu’elle veut voir disparaître. Jamais indifférente, en guerre continuelle contre les injustices, sa vie de militante, d’intellectuelle et d’enseignante est une histoire construite de gestes anodins incessants comme de prises de position dramatiques, pour la cause des opprimé.es, des exploité.es, de la classe ouvrière. Notre camarade Léa nous laisse en témoin sa conviction simple de l’absolue nécessité de s’organiser, une conviction rappelée et martelée de réunion en réunion, dans les syndicats et dans les groupes de défenses des droits, dans les revues militantes et scientifiques, dans les conversations académiques et dans les conversations de la rue. Il y a le vide insaisissable. Mais il y a aussi l’inspiration que nous laisse l’image de notre camarade Léa, une syndicaliste solidaire et résolument internationaliste, l’image d’une combattante teintée de rouge, de ses lunettes jusqu’au bout de ses idéaux.

Nous perdons une collègue. Il nous reste le sillage de sa présence intellectuelle et le feu des mots qu’elle nous laisse. Il nous reste aussi l’élan qui anime les étudiantes et étudiants portés par son enseignement, fidèle à ses convictions et à son engagement politique, sa personnalité entière, incapable de dissocier la dure réalité sociale d’un travail universitaire compris comme profondément politique. L’image de Léa l’enseignante nous interpelle par l’exemple : se distinguer toujours plus et toujours mieux par un dévouement constant et le réconfort apporté aux étudiant.es, et tout particulièrement à ceux et celles en difficulté à cause des hasards injustes et violents de la vie. Le corpus de recherche, sa défense acharnée des rapports collectifs et du droit de grève, sa passion pour la représentation des luttes collectives au cinéma, nous rappellent notre devoir de nous unir pour agir et nous battre collectivement.

Léa incarne un modèle d’intellectuelle et de professeure engagée pour nous toutes et tous : une experte incontournable dans son domaine, une autrice érudite, prolifique et brillante, dédiée aux étudiant.es, à la classe ouvrière, aux exclu.es. Ses travaux, dénonciation constante de la violence au travail et de l’exploitation des travailleurs et des travailleuses inspireront encore longtemps ceux et celles qui souffrent, travaillent et luttent pour changer le monde.

Anticonformiste, Irrespectueuse à l’égard des titres pompeux des juristes, Léa, Chevalière Ès Loi, était fidèle à sa devise : 

Je ne plierai pas. 
Je ne m’en irai pas en silence. 
Je ne me soumettrai pas. 
Je ne me retournerai pas. 
Je ne me conformerai pas. 
Je ne me coucherai pas. 

Je ne me tairai pas.
Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. (Jaurès)

A la mesure de Léa, notre amie, notre camarade, notre collègue, nous n’en avons pas fait assez. Ni pour elle, ni pour la lutte qu’elle menait. Nous allons en faire plus, toujours et encore, contre les inégalités, contre la souffrance au travail, pour plus de sourires, moins de solitude et moins de désolation, en portant avec nous le souvenir, le rire, la flamme de Léa, la Chevalière rouge Ès Lois.

Alejandro Lorite Escorihuela, Bernard Duhaime, Gaële Gidrol-Mistral, Hugo Cyr, Martin Gallié, professeurs et professeuse, UQAM

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